...la grande exposition « MATISSE 1941-1954 » qui s’est ouverte hier soir au Grand Palais de Paris, magistrale rétrospective couvrant les années les plus douloureuses du peintre (il sort d’une lourde opération qui limite ses gestes et le rend dépendant d’assistantes) et les plus colorées. Mis en valeur par un accrochage exceptionnellement aérien, les trois cent oeuvres montrées célèbrent l’étrange libération d’un « réssuscité » qui profite de son handicap pour abandonner (partiellement) les pinceaux et la peinture et inaugurer une nouvelle vie artistique fondée sur le découpage et le collage – un bref documentaire signé Frédéric ROSSIF et Henri LANGLOIS le montre actionnant avec une aisance d’ogre d’énormes ciseaux de couturière – inventant ainsi une nouvelle façon d’organiser l’espace qui va profondément marquer les peintres américains de l’après-guerre. Claudine GRAMMONT et Alix AGRET, les deux commissaires, ont eu la possibilité de faire venir , non seulement des Etats-Unis mais du monde entier, des oeuvres jamais vues ici et l’intelligence de montrer le plus vibrant du travail acharné d’un créateur qui pouvait passer des mois à choisir le jaune citronné qu’exigeaient ses vitraux : une leçon de courage pour quiconque se donne une ambition artistique et essaye de réenchanter la vie.