{"id":38,"date":"2009-05-26T19:18:46","date_gmt":"2009-05-26T17:18:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/?page_id=38"},"modified":"2021-01-20T22:49:12","modified_gmt":"2021-01-20T21:49:12","slug":"cocteau-extraits","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/biographies\/la-quatrieme-de-couverture\/cocteau-extraits","title":{"rendered":"Cocteau : extraits(s)"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h1><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1426\" src=\"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg 170w, https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/><\/strong><span style=\"color: #008000;\">INTRODUCTION<\/span><\/h1>\n<h6>\u00ab\u00a0<strong>Je tremble, je meurs, je recommence chaque matin<\/strong>\u00ab\u00a0<em>. <strong><span style=\"color: #008000;\">Jean Cocteau, lettre \u00e0 Max Jacob, mars 1926<\/span><\/strong><\/em><\/h6>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<h6><strong>Son nom, ici, symbolise une d\u00e9rive<\/strong>. L\u2019\u00e9crivain que <span style=\"color: #008000;\"><strong>Ma\u00efakovski <\/strong><\/span>visita, d\u00e8s son premier voyage \u00e0 Paris, <strong>traverse une longue crise d\u2019estime<\/strong> due \u00e0 son activit\u00e9 prot\u00e9iforme, \u00e0 sa rivalit\u00e9 personnelle avec <span style=\"color: #008000;\"><strong>Breton<\/strong><\/span> et au pompi\u00e9risme qui gr\u00e8ve sa derni\u00e8re p\u00e9riode, satur\u00e9e d\u2019Orph\u00e9es en c\u00e9ramiques. <strong>In\u00e9galement respect\u00e9, facilement ha\u00ef, presque toujours soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre inf\u00e9rieur \u00e0 sa r\u00e9putation<\/strong>, <span style=\"color: #008000;\"><strong>Cocteau<\/strong><\/span> est souvent r\u00e9duit au coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne que son nom \u00e9voque, pour son malheur. \u201c Un will of the whisp, une \u00e9manation falote du gaz des marais \u201d, disait <strong>Claudel<\/strong>, qui le jugeait \u201c profond\u00e9ment superficiel \u201d , en ignorant que <span style=\"color: #008000;\"><strong>Nietzsche<\/strong><\/span> louait pr\u00e9cis\u00e9ment les Grecs d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u201c superficiels par profondeur \u201d.<\/h6>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<h6>De son vivant d\u00e9j\u00e0, <span style=\"color: #008000;\"><strong>les razzias g\u00e9niales vers le th\u00e9\u00e2tre, le dessin ou la sculpture<\/strong><\/span> de cet homme hant\u00e9 par le vieux r\u00eave d\u2019art total \u00e9taient mal vues. Les places \u00e9tant ch\u00e8res, dans l\u2019antichambre de la post\u00e9rit\u00e9, <strong>on lui contestait d\u00e9j\u00e0 toute originalit\u00e9<\/strong> ; des gens n\u2019ayant pas un seul de ses talents l\u2019accusaient d\u2019imposture, attribuant tel de ses po\u00e8mes \u00e0 <span style=\"color: #008000;\"><strong>Max Jacob<\/strong><\/span> et de ses dessins \u00e0 <span style=\"color: #008000;\"><strong>Picasso<\/strong><\/span>, que sa force granitique fit toujours passer pour g\u00e9nial, m\u00eame quand il pillait ses voisins, ou n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re plus profond que son geste. <span style=\"color: #008000;\"><strong>D\u00fb \u00e0 une sexualit\u00e9 encore mal vue, \u00e0 des origines trop clairement bourgeoises, \u00e0 une \u201c mondanit\u00e9 \u201d effective durant ses seules ann\u00e9es de formation<\/strong><\/span>, ce rejet se reproduit depuis lui-m\u00eame, \u00e0 la fa\u00e7on des pr\u00e9jug\u00e9s de classes ou de race. Plut\u00f4t que de s\u2019attacher \u00e0 lire son \u0153uvre prot\u00e9iforme, ou de plonger dans son imaginaire prolif\u00e9rant, on s\u2019en tient aux clich\u00e9s \u2014 \u201c <strong>acrobate<\/strong> \u201d et \u201c <span style=\"color: #008000;\"><strong>touche-\u00e0-tout<\/strong> <\/span>\u201d \u2014 qu\u2019il suscite immanquablement. Pire qu\u2019un maudit, il est un peu-lu et un mal-per\u00e7u, victime d\u2019une paresse intellectuelle qui en pousse beaucoup \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 sa nature suppos\u00e9e, m\u00eame quand ils professent l\u2019anti-psychologisme :<strong> il est plus difficile de briser un pr\u00e9jug\u00e9 qu\u2019un atome, disait d\u00e9j\u00e0 Einstein<\/strong> (\u2026)<\/h6>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<h6><\/h6>\n<h6><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1426\" src=\"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg 170w, https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/>Son \u0153uvre manque sans doute de ces gros romans qui assoient un homme, ou de ces poids lourds qui font un dramaturge<\/strong> \u2014 mais on pourrait en dire autant de<strong> <span style=\"color: #008000;\">Gide<\/span><\/strong>. Dispers\u00e9e entre des dizaines d\u2019\u00e9diteurs et de genres, difficile \u00e0 lire exhaustivement, <strong>elle \u00e9voque moins un continent que ces vastes archipels instables o\u00f9 l\u2019on parle toutes sortes de langues<\/strong>. Sans doute contribua-t-il \u00e0 son discr\u00e9dit en s\u2019exposant trop et en soulignant ses volte-face, mais il \u00e9tait incapable de pr\u00e9m\u00e9diter. <span style=\"color: #008000;\"><strong>L\u2019\u00e9criture ne lui venait qu\u2019\u00e0 des moments impr\u00e9visibles, et presque jamais devant une table<\/strong><\/span> ; il griffonnait sur un paquet de cigarettes puis d\u00e9bordait sur toutes les surfaces disponibles, avant de finir par dessiner, sans trop y r\u00e9fl\u00e9chir. <strong>Il ignorait si ce qu\u2019il faisait \u00e9tait excellent ou fade : il faisait<\/strong>, comme les forgerons forgent ou les abeilles butinent (\u2026)<\/h6>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<h6><strong>Tout en lui \u00e9tait bizarre.<\/strong> Ses cheveux poussaient de travers, ses dents \u00e9taient mal plant\u00e9es, son visage grisait <span style=\"color: #008000;\"><strong>l\u2019asym\u00e9trie<\/strong><\/span>. <strong>Afflig\u00e9 d\u2019abc\u00e8s dentaires, d\u2019insomnies r\u00e9currentes, d\u2019allergies incontr\u00f4lables<\/strong>, il \u00e9tait l\u2019otage de forces incontr\u00f4lables. Certaines de ses \u0153uvres sont si contraires, comme <span style=\"color: #008000;\"><strong>Parade<\/strong><\/span> et <span style=\"color: #008000;\"><strong>Renaud et Armide<\/strong><\/span>, qu\u2019on craindrait de provoquer un court-circuit en les posant face \u00e0 face. <strong>La foudre semblait toujours sur le point de frapper cet inspir\u00e9<\/strong> dont les r\u00e9actions \u00e9taient si impr\u00e9visibles et d\u00e9routantes que son apparition sur terre, parmi la floraison des esp\u00e8ces, pouvait passer pour un accident.<span style=\"color: #008000;\"><strong>Jamais il ne r\u00e9ussit \u00e0 unifier ses d\u00e9sirs, ni m\u00eame \u00e0 s\u2019imposer une ligne<\/strong><\/span>. Partag\u00e9 entre l\u2019anarchie fonci\u00e8re de ses composantes et son besoin physique de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, <strong>il abrita un conflit permanent de tendances<\/strong> qui le rendait indiff\u00e9rent \u00e0 la politique et que seul l\u2019opium apaisait. Non seulement il avait sans cesse besoin de changer d\u2019activit\u00e9, mais il lui fallait toujours faire migrer son \u00e2me, comme les Inspir\u00e9s et les croyants ; <span style=\"color: #008000;\"><strong>ses textes eux-m\u00eames se m\u00e9tamorphosaient en cours de route<\/strong><\/span>, embo\u00eetant les r\u00e9cits comme autant de <strong>poup\u00e9es russes<\/strong>, franchissant les murailles pour quitter la chambre o\u00f9 il fumait afin de rejoindre celle o\u00f9, quinze ans plus t\u00f4t, <span style=\"color: #008000;\"><strong>Proust<\/strong><\/span> agonisait(\u2026)<\/h6>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<h6><\/h6>\n<h6><span style=\"color: #008000;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1426\" src=\"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau.jpg 170w, https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/cocteau-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/>Les moindres variations dans l\u2019air du temps lui faisaient red\u00e9ployer ses antennes<\/strong><\/span>. Il s\u2019enfermait, s\u2019immergeait ou se droguait pour en ressortir autre apr\u00e8s quelques semaines. <strong>Son esth\u00e9tique avait chang\u00e9, son \u00e9criture se faisait plus tendue ou imag\u00e9e<\/strong> ; il ne croyait plus aux avions, mais en Dieu, aux gratte-ciel mais \u00e0 la rose ; la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9tait enfin faite, le \u201c bon \u201d cycle commen\u00e7ait depuis qu\u2019il avait d\u00e9couvert les valeurs qui lui allaient. <span style=\"color: #008000;\"><strong>Son ancienne peau tombait d\u00e9j\u00e0<\/strong><\/span> ; un animal neuf s\u2019exprimait, impatient de faire entendre au monde sa voix : \u201c Toutes les roses perdent leurs joues \/ sur le tapis combien de masques \u201d, \u00e9crira-t-il dans \u201c Locutions \u201d .Ce perp\u00e9tuel devenir interdira \u00e0 <span style=\"color: #008000;\"><strong>Cocteau<\/strong><\/span> tout r\u00e9pit, un demi-si\u00e8cle durant. <strong>Toujours \u00e0 courir derri\u00e8re une version de lui-m\u00eame, il jouira en une vie de cette prolif\u00e9ration existentielle que le Bouddha assure \u00e0 son disciple<\/strong>, via ses avatars pass\u00e9s ou \u00e0 venir. C\u2019\u00e9tait son \u201c karma \u201d : n\u00e9 sur la roue des r\u00e9incarnations il y mourrait sans cesse, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un hindou \u00e9gar\u00e9 dans un mondre rest\u00e9 chr\u00e9tien.<\/h6>\n<h6>Pour entendre <span style=\"color: #008000;\"><strong>NICOLE GARCIA<\/strong><\/span> lire un autre extrait de cette biographie, <a title=\"france cul\" href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-je-deballe-ma-bibliotheque-nicole-garcia-nous-lit-25-2011-11-22\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">dans l&rsquo;\u00e9mission \u00a0\u00bb <strong>Je d\u00e9balle ma biblioth\u00e8que<\/strong>\u00ab\u00a0, sur <span style=\"color: #008000;\"><strong>France-culture<\/strong><\/span>&#8230;<\/a><a href=\"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/images.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2617\" title=\"images\" src=\"http:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/images.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"168\" \/><\/a><\/h6>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTION \u00ab\u00a0Je tremble, je meurs, je recommence chaque matin\u00ab\u00a0. Jean Cocteau, lettre \u00e0 Max Jacob, mars 1926 Son nom, ici, symbolise une d\u00e9rive. L\u2019\u00e9crivain que Ma\u00efakovski visita, d\u00e8s son premier voyage \u00e0 Paris, traverse une longue crise d\u2019estime due \u00e0 son activit\u00e9 prot\u00e9iforme, \u00e0 sa rivalit\u00e9 personnelle avec Breton et au pompi\u00e9risme qui gr\u00e8ve sa [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":36,"menu_order":1,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-38","page","type-page","status-publish","hentry","count-0","even alt","author-admin","last"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/38","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/38\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10929,"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/38\/revisions\/10929"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/36"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.claude-arnaud.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}